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Chez Renault, derrière le scandale, circulez il n’y a rien à voir

13 Avr

Source : Le Monde

 

Le siège du groupe Renault, à Boulogne-Billancourt.

Le siège du groupe Renault, à Boulogne-Billancourt.AFP/BERTRAND GUAY

 

Ces derniers mois, l’image du groupe Renault a été sérieusement entachée par la fausse affaire d’espionnage industriel. Des rebondissements très médiatisés qui ont créé une ambiance de travail "extrêmement tendue", selon plusieurs salariés de l’entreprise.

Si les syndicats refusent de parler de "dégradation du climat de travail", FO-Renault reconnaît qu’il y a "en ce moment beaucoup d’employés en souffrance", mais "tout ça doit être géré en interne". Ils préfèrent renvoyer vers les communiqués qui figurent sur leur site Internet.

"FAIRE TAIRE LES BAVARDS"

Des salariés évoquent le "verrouillage" de la communication à leur niveau. "Nous sommes encouragés à ne pas parler précisément du climat à l’intérieur de l’entreprise. De façon verbale, on nous a donné la consigne de ne pas répondre aux appels des journalistes ni à des messages reçus sur la boite mail", raconte ainsi une salarié du site de Renault à Guyancourt. Un autre employé évoque lui un "climat où il faut faire taire les bavards, et se reconcentrer sur notre travail dans l’entreprise".

Alain Mas, délégué syndical à la CGT, nie "avoir reçu des consignes en ce qui concerne la presse", mais reconnaît que "c’est une grande maison, il est possible que certaines directions aient adopté ce genre de tactiques". Sur les autres sites, les sections syndicales préfèrent renvoyer au siège : "on n’a rien à dire sur le sujet", explique un délégué syndical de Douai (59).

 

MANAGEMENT INADAPTÉ

Le scandale a ébranlé la confiance des employés dans leur entreprise : "chaque jour, il y a des nouveaux bruits de couloirs. Et entre collègues, on se dit, ‘qu’est ce qui va m’arriver, si je fais une erreur est-ce que je vais sauter ?’", témoigne un employé du site de Sandouville (76).

Des doutes qui mettent en péril "l’esprit de famille" de la société : "nous sommes nombreux à avoir vécu cela comme une blessure, quelque chose de personnel", raconte ainsi un salarié du technocentre de Guyancourt (78), après un appel à témoignages lancé mardi.

Parmi les griefs des salariés, le management en "top down", venant du haut de la hiérarchie vers le bas, vivement critiqué par les syndicats. "Aujourd’hui, quand le chef dit à un employé de faire ceci, il doit le faire sans réfléchir. Il n’y a aucun moyen de remettre en cause la pertinence des ordres", explique Fred Dijoux, délégué syndical CFDT.

Une politique qui prévaut depuis cinq ans, et qui fait des salariés des gens "sous pression et isolés" : pour Alain Mas, délégué syndical CGT, "des salariés sont victimes d’avertissement, de mise à pied, voire de licenciement, sans même pouvoir se défendre".

Un salarié de Guyancourt raconte ainsi que "lors des derniers entretiens individuels d’évaluation constante, qui se font régulièrement, on nous a demandé de signaler si des gens de l’entreprise  parlaient avec la presse et si les employés non-syndicalisés avaient été contactés par un syndicat".

Un climat de suspicion permanente qui pousse à bout de nombreux salariés. Un employé parle même d’un retour aux "temps de la chasse aux sorcières" : "un des cadres qui revenait de ses vacances en Chine a été interrogé par un de ses supérieurs le jour de son retour", parce que le "manager trouvait bizarre que son chinois soit de plus en plus développé".

 

LES PRATIQUES "BARBOUZARDES"

Sur les tracts de la CGT, le syndicat réclame également que prennent fin les "barbouzeries en tous genres". Des pratiques "qui frisent avec la légalité et qui sont plutôt courantes dans le groupe : on a tous vu autour de nous un de ces dérapages", explique un employé, syndiqué depuis deux ans à la CGT.

Un ancien salarié de Renault raconte d’ailleurs que "les barbouzes de la sécurité sont craints dans toute l’entreprise pour leurs méthodes mafieuses et leurs constantes intimidations". Alors qu’il travaillait à Boulogne-Billancourt (92), il se souvient s’être un jour "garé par erreur sur une place de stationnement réservée à un département différent. A la fin de la journée, trois gardes armés  m’attendaient à côté de ma voiture qui avait les quatre pneus dégonflés. Un ancien flic de leur service avait contacté la police pour savoir ce qu’ils pouvaient faire avec ma voiture et si je n’étais pas trop haut placé pour éviter les problèmes."

En 2006 et 2007, trois employés du technocentre de Guyancourt s’étaient suicidés. Pour Fred Dijoux, de la CFDT, "ce n’est pas derrière nous, nous avons perdu du temps avec cette affaire, mais il faut que les choses changent".

Charlotte Chabas

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Publié par le 13 avril 2011 dans Sécurité

 

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