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Les naufragés du sommeil

24 Mai

 

Source : La Provence

 

Dans une chambre d’un centre dédié à l’hôpital de la Timone à Marseile, enregistré en continu, nous avons dormi. Presque…

Cela commence par un grand moment de solitude. Quand mon amoureuse est allée dormir au bout de l’appartement. "Tu ronfles vraiment trop fort, je ne peux plus fermer l’œil." Et puis il y a ces réveils dans la nuit, cette sensation de perdre son souffle et ces moments de fatigue excessive dans la journée. Alors, au-delà du peu glamour ronflement – qui touche plus d’une personne sur deux-, je me suis dit que c’était peut-être plus sérieux. Après des semaines d’attente, je m’en suis allé dormir – ou du moins coucher- au centre du sommeil de la Timone, à Marseille.

Ce mardi-là, les quatre chambres sont occupées par des personnes venues de toute la région. Comme les autres j’arrive aux environs de 15h30. Le Dr Marc Rey m’interroge sur ma santé, mon sommeil, mon poids – excessif – ma sensation de fatigue. Et il m’explique l’examen. Je prends possession de ma chambre, avec caméra et micro pointés sur le lit, pour la pose de tout l’appareillage d’enregistrement.

On passe aux choses sérieuses. Avec de la pâte, les deux infirmières très pédagogues qui passent leur temps à me rassurer commencent la mise en place sur ma tête d’électrodes qui vont enregistrer mon activité cérébrale durant le sommeil, puis sur le corps pour les autres signes d’activité physiques. Le temps de séchage de la pâte des électrodes est d’une heure trente. Avec l’élégant filet sur la tête qui retient les capteurs, je me fais peur lorsque je me vois dans la glace. "Il faut s’habituer au look", sourit une des infirmières. Surtout ne pas stresser, bouquiner, penser à une longue nuit de prince de conte de fées.

Je me suis transformé en homme araignée avec 22 électrodes sur le corps qui seront reliées à l’enregistreur. Diner à 19 heures d’une purée-jambon enfantine et à partir de 20h30, mes "princesses de la nuit" reviennent pour mettre en place le capteur respiratoire dans le nez, comme un petit équipement de plongée, la pince au bout du majeur gauche pour le taux d’oxygénation du sang, fondamental pour le mécanisme de respiration dans le sommeil et les autres capteurs pour les mouvements des yeux, de la mâchoire, les ronflements.

Il est 21h30 et, avec tous ces branchements, je suis censé sombrer dans le sommeil. Je sais que je suis surveillé en permanence, que je suis dans un véritable cocon technologique mais sans doute suis-je impressionnable. Je tourne et vire sur le lit 90 cm (mon 180 me manque), je me mets assis. J’ai l’impression -fausse- que je ne ferme pas l’œil de la nuit. Mais je veux savoir comment je dors, si je fais vraiment de l’apnée dans cet autre monde du silence.

Je vois arriver les premières lueurs de l’aube avec soulagement. J’explique mes sensations à l’infirmière. "Dans la chambre contigüe à la vôtre, la dame a dormi comme un bébé." La chanceuse ! J’enlève soulagé les électrodes, je gratte sous la douche la pâte sur mon crâne. Le Dr Rey me donne des premiers résultats. "Vous avez dormi, même si vous en doutez 473 minutes, soit un peu plus de 7 heures. Mais vous avez des durées réduites de sommeil lent profond et de sommeil paradoxal. Et votre sommeil est fragmenté."

Il m’apprend que je n’ai que 89 % de sommeil efficace alors qu’il en faudrait 95 %. Que je suis sujet effectivement à des apnées du sommeil avec 19 éveils brefs ou micro réveils et 167 apnées dont 92 obstruent les voies aériennes supérieures. Et l’oxygénation de mon sang n’est pas terrible. Bon, il va falloir vraiment maigrir pour perdre cette graisse qui pèse sur les voies respiratoires, éviter l’alcool le soir qui les déshydrate. Tout cela afin d’éviter à avoir à porter un appareil dentaire qui permet de mieux ventiler et un masque nasal qui insuffle de l’air, dernières solutions pour les apnées graves. Je suis un naufragé du sommeil qui cherche des eaux tranquilles.


On crée des malades du mal-dormir"

Le Dr Marc Rey dirige le centre du sommeil, unité du service de neurophysiologie clinique de la Timone. Il parle de ces nouveaux malades du mal-dormir.

Y a-t-il de plus en plus de gens qui souffrent de pathologie du sommeil ?
Marc Rey : "Bien sûr, avec des causes diverses. La société crée des malades du mal-dormir. Il y a les trajets de plus en plus longs pour aller travailler, en voiture ou transports en commun, qui font que les gens prennent sur leur temps de sommeil pour être à l’heure. Le surpoids, l’obésité, provoque bien entendu des pathologies, notamment des apnées du sommeil parfois graves".

Mais il y a aussi l’utilisation intensive du téléphone portable ?
M.R. : "Oui, les opérateurs portent une responsabilité importante avec les forfaits illimités qui débutent vers 21h30. Les ados notamment, mais pas seulement, passent des nuits entières à téléphoner et donc autant d’heures de sommeil et ils sont épuisés dans la journée, avec d’énormes troubles d’attention et des difficultés de concentration et d’apprentissage".

Vous montrez du doigt aussi l’usage tardif d’écrans très lumineux…
M.R. : "Ils perturbent totalement le cycle du sommeil. L’exposition au soleil dans la journée détermine la production de mélatonine, l’hormone qui donne envie de dormir. Normalement, le pic de mélatonine survient en début de nuit, entre 22h30 et minuit. Or, nos yeux sont exposés en permanence à des écrans très lumineux : les écrans plats de télé, ceux de nos ordinateurs qu’on consulte même au lit mais aussi ces véritables terminaux que sont les tablettes Ipad et autres. Sans parler des smartphones qui sont des mini-télés. Avec la lumière que tous ces écrans dégagent, la production de mélatonine est encore stimulée et son cycle est bouleversé. Le pic est déplacé à sept heures et on se lève avec l’envie de dormir. Il faut éteindre les écrans deux heures avant de se coucher".

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Publié par le 24 mai 2011 dans Santé

 

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