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Cancer du sein : le combat des amazones pour leur prothèse

26 Mai

 

Source : Rue 89

 

"amazone blessée" de Franz von Stuck, huile sur toile, 1903, musée Van Gogh d'Amsterdam (Pays-Bas) (Wikimedia Commons).

Hélène Bénardeau a découvert en 2002 qu’elle avait un cancer du sein. Sur son blog, elle partage avec humour son parcours médical. Mais, depuis qu’elle a découvert le projet de baisse du remboursement des prothèses mammaires, cette professeure d’espagnol ne rit plus du tout.

"Il est moins tard que tu ne penses" d'Hélène Benardeau, éd. Jacques Flament, 2011Hélène a créé son blog 2010 pour partager avec les autres « amazones » sa douloureuse expérience, avant de publier un livre en 2011 – « Il est moins tard que tu ne penses », éd. Jacques Flament, 2011. Elle prévient :

« Je ne suis pas médecin. Juste une petite terrienne, faillible comme tous ses congénères à deux pattes, dont le propre reste le rire, envers et contre tout. »

Des prothèses moins remboursées

Début mai, en actualisant ses articles, elle tombe sur le site Legifrance et la publication, le 17 mars, au Journal officiel d’un avis du Comité économique des produits de santé (Ceps). Le texte prévoit une modification du remboursement des prothèses mammaires. Scandalisée, elle alerte ses lectrices de la situation :

« Actuellement, une prothèse mammaire, quelle qu’elle soit, est remboursée une fois par an à hauteur de 69,75 euros, à l’exception de la prothèse Amoena contact dont les qualités thérapeutiques ont été reconnues et qui est donc remboursée à 100%.

Le projet de nos grands messieurs (dames ? ) : rembourser toutes les prothèses externes à hauteur de 120 euros et ce, tous les deux ans ! »

« Cette accumulation des frais du patient, ça suffit ! »

Le calcul est vite fait : les femmes ayant subi l’ablation d’un ou deux seins bénéficieront de 120 euros tous les deux ans, au lieu des 139,50 euros actuels. Hélène Bénardeau refuse cette perte :

« Vingt euros ce n’est pas grand-chose, mais ajouté à tout le reste :

  • multiplication des dépassements d’honoraires des chirurgiens-plasticien, etc.

Cette accumulation des frais du patient, ça suffit ! Ça ne viendrait pas à l’idée des politiques de revenir sur les prothèses de mains ou de pieds ! La féminité d’une patiente est déjà mise à mal par les traitements médicaux, on a pas besoin de ça. »

Le Ceps : « Rien n’est définitif »

En 2009, une enquête réalisée par la Ligue nationale contre le cancer s’attardait déjà sur la longue liste des frais restant à la charge des malades atteints du cancer. En France, une femme sur huit est actuellement touchée par le cancer du sein, et ce chiffre pourrait grimper à une sur sept d’ici vingt ans.

Télécharger le rapport de la Haute autorité de santé, de mai 2009.Cet avis de projet de fixation de tarifs et de prix limites de vente au public pour les prothèses de sein s’appuie sur un rapport de mai 2009 réalisé par le service d’évaluation des dispositifs de la Haute autorité de santé. (Télécharger le rapport)

Contacté lundi, le président du Ceps, Gilles Johanetco, seul habilité à répondre à la presse, n’a pas donné suite à nos appels. Claire Oget-Gendre, responsable de la section des dispositifs médicaux explique donc cette nouvelle proposition de tarification, mais refuse tout commentaire sur le fond du texte :

« Cette révision n’arrive pas par hasard. Elle est prévue par des textes règlementaires.

Rien n’est définitif, l’avis est actuellement discuté par des professionnels. Leurs remarques permettront la publication d’un nouvel avis. »

« Une prothèse par an, ce n’est pas du luxe »

Les amazones, Hélène Benardeau en tête, veulent se faire entendre avant l’adoption du projet. Convaincues que les auteurs de cet avis méconnaissent le quotidien des femmes qui ont subi une mastectomie, elles listent les raisons de s’opposer à ce projet :

  • un cumul des frais médicaux ;
  • le besoin de préserver la silhouette de ces femmes « mutilées » ;
  • le fait qu’une prothèse adhésive ne dure pas plus d’un an. Le renouvellement est difficile à envisager avec un remboursement tous les deux ans ;
  • un coup de frein dans la recherche par manque de retombées économiques ?

Sur le blog, les témoignages d’amazones se multiplient :

« Les prothèses externes de qualité nous permettent de ne pas souffrir de maux de dos qui seraient dus à un déséquilibre. Les traitements post-cancer induisent des variations de poids qui nécessitent le changement annuel de prothèse externe. Alors, faudrait-il que nous revenions à la pratique de nos grands-mères : mettre un torchon dans le bonnet du soutien gorge ? »

« En entrant dans le monde des mastectomisées, j’ai découvert qu’il y a un véritable marché autour de notre état. Je me suis documentée : non ? je n’allais pas acheter ma prothèse mammaire comme une boite de Kleenex. Et je sais maintenant qu’une prothèse par an ce n’est pas du luxe, c’est une nécessité. »

Chantal Vogt a découvert son cancer en 1994. Si aujourd’hui elle a pu bénéficier d’une reconstruction des deux seins, elle n’oublie pas que pendant six mois elle a porté une prothèse non-remboursée. Par solidarité, elle se joint aux autres femmes pour faire entendre son mécontentement.

Des dizaines de lettres et e-mails ont été envoyés depuis le 16 mai à tous les députés de France pour les alerter du problème. Plusieurs élus ont d’ores et déjà apporté leur soutien aux amazones, leur promettant d’interpeler à leur tour le ministère de la Santé.

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Publié par le 26 mai 2011 dans Santé, Société

 

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