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Archives de Tag: Servier

Le Mediator testé sur des êtres humains dans les années 1970

 

Source : Métro France

Des comprimés et une boite de Mediator. Photo : Fred Tanneau/AFP

 

Les essais cliniques, retrouvés lors de perquisitions au siège de Servier, montrent que le Mediator a été testé sur des êtres humains comme coupe-faim, selon des informations du Journal du Dimanche auxquelles le laboratoire a réagi en démentant avoir jamais caché ces tests.

Les laboratoires Servier ont vigoureusement démenti. Mais les documents retrouvés lors de perquisitions menées au siège du groupe pharmaceutique, que s’est procurés le Journal du Dimanche, sont sans équivoque. Ils témoignent d’essais cliniques du Mediator effectués entre 1968 et 1973 sur des êtres humains, en fait des personnes obèses, pour un usage de coupe-faim, "contrairement à ce que Servier a toujours affirmé jusqu’à présent", lâche le JDD.

Rappelons d’abord que ce médicament était initialement destiné à réduire le taux de graisse dans le sang, avant d’être converti par le laboratoire (sans en changer la composition) en traitement adjuvant pour les diabétiques en surpoids, puis en coupe-faim généralisé. Qu’environ cinq millions de personnes en France y ont eu recours jusqu’à son retrait du marché à la fin 2009. Et qu’il serait à l’origine de graves lésions des valves cardiaques, et de 500 à 2000 décès.

"Le 780 SE (le nom scientifique du Mediator, ndlr) peut être considéré comme un anorexique des plus satisfaisants et mérite d’être retenu comme adjuvant des plus précieux dans le traitement de l’obésité", indique ainsi un premier rapport. Avant qu’un autre n’enfonce le clou un an et demi plus tard, évoquant "62,5% d’excellents résultats" dans des "cures d’amaigrissement" réalisées "grâce à cet anorexique".

Nuance

"Contrairement à ce qui est écrit, les laboratoires Servier n’ont jamais caché avoir fait des essais cliniques pour tester l’effet anorexigène du Mediator. C’est justement l’analyse des essais dans leur globalité qui n’ont pas permis de conclure à l’activité anorexigène chez l’homme. Ces essais commentés par le JDD ont été mis à disposition des enquêteurs, comme beaucoup d’autres documents démontrant le contraire et sur lesquels ils ont demandé à être interrogés par les juges d’instruction. Par définition, un médicament anorexigène doit inhiber la prise alimentaire pour entrainer une perte de 10% du poids corporel", a répondu Servier par voie de communiqué.

Son avocat, interrogé par le JDD, ne disait d’ailleurs pas autre chose : "Dans les années 1970, si le groupe Servier avait eu entre les mains un coupe-faim d’une telle efficacité, pourquoi ne l’aurait-il pas mis sur le marché ? Ces produits n’étaient frappés d’aucune interdiction à l’époque, bien au contraire." En bref, la nuance entre coupe-faim et "effet anorexigène" serait subtile au point de ne pas exister. Mais le problème est-il vraiment là, plutôt que dans le recours à des cobayes humains ? Ce sera, de toute façon, à la justice de trancher ces questions, dans le cadre du premier procès pénal dans cette affaire. Qui se tiendra du 14 mai au 6 juillet au tribunal correctionnel de Nanterre.

 

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Publié par le 7 avril 2012 dans Santé, Sécurité

 

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Mediator : des salariés de Servier en garde à vue

 

Source : Libération

 

Une perquisition était en cours mardi à la mi-journée à Suresnes au siège du groupe Servier.

Une perquisition était en cours mardi à la mi-journée à Suresnes au siège du groupe Servier. (Photo Fred Tanneau. AFP)

 

Plusieurs salariés des laboratoires Servier ont été placés mardi en garde à vue notamment pour «suspicion de destruction de preuves» dans le cadre de l’enquête sur le Mediator.

Selon deux sources proches de l’enquête, ils sont «moins de cinq» à être entendus. De son côté, un porte-parole de Servier a confirmé mardi qu’«une demi-douzaine de collaborateurs de Servier ont été questionnés à Nanterre cet après-midi (mardi) au sujet de documents passés à la broyeuse».

Un peu plus tôt ce mardi, une perquisition a eu lieu mardi à Suresnes au siège du groupe Servier, au centre du scandale sanitaire du Mediator, a-t-on appris de source proche de l’enquête.

Selon RTL qui a révélé l’information, les enquêteurs agissent dans le cadre d’une enquête pour destruction de preuves, menée par trois magistrats parisiens.

Deux informations judiciaires sur le Mediator sont par ailleurs ouvertes à Paris, l’une pour «tromperie aggravée» et l’autre pour «blessures et homicide involontaires».

L’opération dans les locaux de Servier, ouverts en septembre 2011, était menée par les gendarmes de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp) et les policiers de la Division nationale des investigations financières (Dnif).

En février, plusieurs perquisitions avaient été menées au siège de l’Agence du médicament (Afssaps) à Saint-Denis et aux domiciles de plusieurs responsables de l’Agence.

Prescrit pour maigrir

Utilisé par cinq millions de personnes en France, le Mediator est à l’origine de graves lésions des valves cardiaques et pourrait être responsable d’au moins 500 à 2 000 décès.

Dans un autre volet du dossier, ouvert par la citation directe de plusieurs plaignants, les laboratoires Servier et son fondateur Jacques Servier devraient comparaitre au printemps à Nanterre dans le premier procès pénal sur l’affaire.

Le Mediator, qui contient une molécule coupe-faim, le benfluorex, a été indiqué pendant trente ans, d’abord contre l’excès de graisses du sang, puis comme traitement adjuvant chez les diabétiques en surpoids, avant d’être retiré du marché le 30 novembre 2009. Il a en fait été largement prescrit pour maigrir.

Le scandale du Mediator a abouti au vote d’une loi sur l

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Publié par le 13 mars 2012 dans Santé, Sécurité

 

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Le Mediator responsable d’au moins 1 300 morts en France

Source : Libération

 

Mediator, un scandale français

Comprendre le scandale du Mediator

 

 

Une étude parue jeudi évalue le taux de mortalité imputé à ce médicament commercialisé par les laboratoires Servier, qui a causé plus de 3 000 hospitalisations.

Le Mediator a "probablement" causé 3.100 hospitalisations et au moins 1.300 morts entre 1976 et 2009 en France.
(Photo Fred Tanneau. AFP)

Le Mediator a «probablement» causé 3 100 hospitalisations et au moins 1 300 morts entre 1976 et 2009 en France, selon une étude sur la mortalité attribuable à ce médicament, la première publiée dans une revue scientifique internationale.

Il s’agit vraisemblablement d’une «sous-estimation», a déclaré le chercheur Mahmoud Zureik, coauteur de cette étude, publiée jeudi dans le journal spécialisé Pharmacoepidemiology & Drug Safety, qui conforte des données préliminaires déjà évoquées.

La parution de cet article est un élément de plus au dossier de l’affaire du coupe-faim des laboratoires Servier, qui fait l’objet de plusieurs procédures judiciaires en cours.

Les deux auteurs de l’étude — Mahmoud Zureik, directeur de recherche de l’Inserm, et l’épidémiologiste Agnès Fournier — avaient fin 2010 avancé une fourchette de 1 000 à 2 000 morts, chiffre jugé «pas du tout exagéré» par l’épidémiologiste Catherine Hill (Institut Gustave Roussy, Villejuif).

Effets néfastes graves

L’étude s’est penchée sur un des effets néfastes graves du Mediator, les atteintes des valves cardiaques ou valvulopathies à l’origine d’hospitalisations, d’opérations et de décès.

Le Mediator des laboratoires Servier, qui contient un coupe-faim, le benfluorex, a été indiqué, d’abord contre l’excès de graisses du sang, puis comme traitement adjuvant chez les diabétiques en surpoids, avant son retrait du marché en novembre 2009. Il a en fait été largement prescrit pour maigrir. 145 millions de boites de Mediator au total ont été vendues en France avant son retrait du marché, selon le fabricant.

Les auteurs, qui avaient déjà communiqué des estimations à l’agence du médicament (Afssaps) en 2010, réalisent avec cette publication une étude plus fouillée et précise.

Ils ont établi leurs calculs avec des données de l’Assurance maladie portant sur 303.336 patients ayant eu au moins un remboursement en 2006 pour le Mediator, 54% l’utilisant encore en 2007, 39% en 2008 et 31% en 2009.

Les chercheurs ont extrapolé le nombre d’hospitalisations pour insuffisance valvulaire entre 2006 et 2009, en partant de ceux qui avaient pris du Mediator en 2006, rapportés au nombre total d’utilisateurs du produit entre 1976 et 2009.

Des chiffres sous-estimés

La moitié des gens hospitalisés ont été opérés et donc avaient des formes graves de valvulopathies, selon M. Zureik. Pour évaluer la mortalité, les chercheurs ont retenu une étude américaine montrant qu’en cas d’atteinte valvulaire modérée à sévère, le risque de décès prématuré était de 43%.

«L’étude ne prend en compte que les gros consommateurs (54 boites prises sur deux ans et demi environ)», précise Mahmoud Zureik.

Elle n’englobe pas l’autre grave méfait du Mediator, l’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP), ni les décès non précédés d’une hospitalisation pour valvulopathies.

Les chiffres, ajoutent les auteurs, sont probablement sous-estimés, principalement parce que les atteintes des valves cardiaques touchant des patients ayant consommé moins de 30 boites de Mediator (correspondant à une année et demie d’utilisation) ne sont pas pris en compte, faute de données disponibles.

Ainsi, près de la moitié des boites vendues en France ont été considérées comme dépourvues de risque, «alors qu’une exposition relativement courte pourrait causer la maladie des valves, comme le suggèrent des études sur les autres dérivés de fenfluramine», notent-ils.

L’étude avance une fourchette de 1 050 à 1 700 décès. Mais leur nombre pourrait aller au delà de cette estimation, ajoute M. Zureik.

 

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Publié par le 9 février 2012 dans Santé, Sécurité

 

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Protelos: Servier persiste dans le mensonge

 

Source : Libération

Le laboratoire conteste les révélations de «Libération» sur les effets secondaires du Protelos, son médicament contre l’ostéoporose, qu’il aurait dissimulés aux autorités. Un démenti qui montre, une nouvelle fois, la mauvaise foi de Servier.

 

Par YANN PHILIPPIN

Photo prise le 7 septembre 2011 à Paris de boites du médicament
Protelos des laboratoires Servier.
(© AFP Thomas Coex)

Nous aurions donc tout faux. Après avoir démenti nos révélations sur la falsification du dossier de mise sur le marché du Mediator (Libération du mardi 6 septembre), Servier a de nouveau, mercredi, «démenti fermement les accusations du journal Libération». C’est-à-dire notre dossier publié le matin même, qui montre que Servier a violé la loi pour cacher aux autorités des effets secondaires du Protelos, son médicament contre l’ostéoporose.

Rappelons tout d’abord que nous nous sommes basés sur un rapport d’inspection du système de pharmacovigilance de Servier par l’Agence française du médicament (Afssaps) à la demande de l’Agence européenne des médicaments (EMA). Le document est accablant, puisqu’il pointe huit «écarts majeurs» et deux «écarts critiques», c’est-à-dire des «violations» et «violations graves» de la règlementation, dont certaines «affectant de façon négative la sécurité ou le bien-être des patients ou posant un risque potentiel pour la santé publique». Signalons enfin qu’entre l’inspection, réalisée en décembre 2009, et le rapport final d’octobre 2010, Servier a pu envoyer par deux fois ses commentaires à l’Afssaps, qui les a rejetés.

Les inspecteurs n’ont donc pas été convaincus. Les faits ont d’ailleurs été jugés si graves que l’EMA se réserve le droit de saisir la justice. L’Afssaps l’a déjà fait, puisqu’elle a transmis le rapport aux juges d’instruction enquêtant sur le Mediator. Dans son communiqué, Servier tente de contester certains points précis de notre article. Mais l’ensemble de ses affirmations sont fausses ou de mauvaise foi. Voici pourquoi, point par point.

«Les Laboratoires Servier n’ont jamais dissimulé les effets secondaires d’un médicament.»

Les inspections ont constaté plusieurs «exemples d’absence persistante significative de codage» d’effets indésirables. Or, le codage, c’est la désignation de la pathologie. Un effet non codé est un effet non déclaré, donc caché. Dans le cas d’un seul patient, l’EMA a forcé Servier à ajouter les effets secondaires suivants : «éruption prurigineuse», «pyrexie», «faiblesse musculaire», «hypotonie», «désorientation», «augmentation de la créatinine sanguine» et «enzymes hépatiques anormaux». Surtout, Servier a avoué aux inspecteurs qu’il faisait exprès de ne pas déclarer tous les effets secondaires, pour éviter le «bruit de fond dans le système». Cette violation grave de la règlementation est l’un des deux «écarts critiques» du labo.

«Les deux cas de décès chez des patients qui prenaient du Protelos et qui avaient souffert d’une réaction cutanée à impact systémique (DRESS) ont bien été répertoriés dans les rapports de pharmacovigilance.»

Servier a bien dissimulé des effets secondaires, et même le plus grave de tous: la mort. Servier a raison de dire qu’il a déclaré ces deux cas de patients atteints de syndrome d’hypersensibilité médicamenteuse (une pathologie grave). Mais il a tenté de dissimuler qu’ils étaient morts: «deux cas de décès trouvés dans le document [envoyé par Servier] n’ont pas été signalés dans la section "6.4 Décès"», indique le rapport.

«Les améliorations du système de codage suite à l’inspection n’ont permis d’identifier aucun nouvel effet indésirable de Protelos ni ont eu d’impact sur l’appréciation du Bénéfice/Risque des autres produits Servier.»

Dans cette phrase, chaque mot est pesé. Le rapport mentionne très clairement que «l’évaluation du caractère attendu ou inattendu des effets indésirables est réalisée de façon à sous-estimer le nombre d’effets indésirables inattendus». En clair, Servier a donc dissimulé aux autorités des cas d’effets indésirables encore inconnus. Exemple: ce cas d’«inflammation muqueuse» répertorié par Servier comme «attendu», alors «qu’il ne figure pas sur» la notice du médicament et sur son RCP (descriptif officiel).

Par contre, il est exact qu’après inspection, aucun nouvel effet indésirable n’a été ajouté sur la notice et qu’aucune molécule n’a été retirée du marché. Cela signifie que les cas dissimulés par Servier n’étaient, heureusement, pas assez nombreux ou pas assez graves pour justifier des modifications. Cela n’enlève rien au fait que Servier a fraudé sur ce point.

«Le rapport d’inspection, contrairement à ce que prétend Libération, n’a pas entrainé de la part de l’EMEA une demande de réévaluation de tous les médicaments de Servier.»

Là encore, Servier joue sur les mots. Voici la version des faits que l’EMA a communiquée lundi à Libération par email. Suite à l’inspection, l’EMA a demandé à Servier de lui renvoyer les déclarations d’effets indésirables de tous ses produits, ainsi que son évaluation du bénéfice/risque (le critère qui sert à autoriser ou retirer un produit) pour chaque molécule. Servier a été prié de faire la même chose auprès des Agences nationales du médicament qui avaient la responsabilité de médicaments de Servier. L’EMA et les agences nationales ont décortiqué les documents de Servier et conclu, au final, que le «rapport bénéfice/risque reste positif» pour tous les produits. Cela veut bien dire qu’ils ont été réévalués.

«Lors de la nouvelle inspection de juillet 2011 (deux ans après la première), les inspecteurs se sont déclarés satisfaits des améliorations apportées par Servier en mentionnant qu’il n’y a plus aucune anomalie "critique"».

Ce n’est pas la version qu’a donné l’EMA à Libération. Selon un porte-parole de l’agence, le rapport correspondant à cette inspection de juillet 2011 n’est pas encore prêt. A ce stade, l’EMA refuse donc de se prononcer sur le fait que Servier respecte à nouveau ses obligations. Ceci étant dit, Servier a pu avoir eu connaissance d’un version préliminaire du rapport. Notons par ailleurs que Servier affirme avoir résolu les deux «écarts critiques», mais qu’il ne dit rien sur les huit «écarts graves». Enfin, même si Servier avait enfin résolu les problèmes, trois ans après les premières critiques de l’EMA (lire ci-dessous), ce ne serait que la moindre des choses.

«Les Laboratoires Servier ont toujours coopéré pleinement et de manière transparente avec les autorités de santé et se sont empressés systématiquement de mettre en place les améliorations nécessaires suite aux contrôles.»

C’est absolument faux. Le processus commence en fait en 2008, lorsque l’EMA découvre des erreurs de codage dans les rapports d’effets indésirables envoyés par Servier. L’EMA découvre aussi que Servier a institué la non-déclaration en véritable système. Le labo explique à l’EMA qu’il code certains effets secondaires dénommés «concurrents accessoires» qu’il ne déclare pas tout de suite, afin d’«éviter le bruit de fond dans le système». Sauf que cette catégorie a été inventée de toutes pièces par Servier et n’existe pas dans la règlementation, qui impose au contraire de tout déclarer.

«Inacceptable», répond logiquement l’EMA. S’ensuivront plusieurs injonctions de l’EMA à Servier pour qu’il modifie ses règles de codage. Mais Servier ne le fait pas. La qualité de son rapport d’incidents de mars 2009 «reste inacceptable», indique l’EMA. C’est face au refus répété de Servier de respecter la loi que l’EMA se résoud, en septembre 2009, à diligenter une inspection chez Servier. Voilà pour la coopération «pleine» et «transparente» dont se vante le labo, et le fait qu’il s’est «empressé» de rectifier le tir… Enfin, les résultats du rapport, finalisé en octobre 2010, se sont révélés tellement accablants que l’EMA a jugé «nécessaire» de diligenter une seconde inspection cette année pour vérifier que les corrections demandées ont bien été réalisées. Signe que l’agence ne fait plus confiance au labo.

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Publié par le 7 septembre 2011 dans Santé, Sécurité

 

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Servier. Mensonges et désinformation

 

Source : Paris Match

 

Servier. Mensonges et désinformation

 Photo Charles Platiau / Reuters

Un nouveau rapport confirme qu’il y a bien eu tromperie sur la nature du Mediator: selon deux témoignages, Servier savait qu’il s’agissait d’un coupe-faim plutôt que d’un antidiabétique, et connaissait en outre ses risques anorexigènes. Le laboratoire aurait privilégié la rentabilité à la vérité.

 

Jacques Servier savait tout dès le début de la commercialisation du Mediator, en 1973. C’est ce qu’affirme un rapport accablant dévoilé ce mardi par «Libération» et «Le Figaro». Le laboratoire aurait en effet menti dès l’origine sur la nature du médicament, qu’il savait être un coupe-faim -et non un antidiabétique- ce qu’il aurait dissimulé au nom de la rentabilité… Ce sont deux anciens employés du laboratoire qui ont révélé cette information capitale, lors de leurs auditions réalisées au mois de juillet par les magistrats en charge de l’instruction. Jean Charpentier, retraité de 81 ans, et chargé par Servier en 1968 de réaliser des études toxicologiques sur le futur médicament, a ainsi rapporté avoir conclu à l’époque qu’aucune «propriété pour le diabète» n’avait été démontrée. En revanche, il avait déjà constaté que le médicament «diminu[ait] la faim». Le neurochirurgien raconte par conséquent avoir été «beaucoup étonné de voir le Mediator sortir comme antidiabétique car ça n’a rien à voir sur le plan expérimental, ni sur le plan clinique». Selon lui, l’explication est simple: «le choix du diabète s’explique car c’est un domaine infiniment plus rentable pour les labos.»

Un «puissant anorexigène

L’autre témoignage relayé est celui de Jacques Duhault, l’un des découvreurs du Mediator en 1966, aujourd’hui âgé de 79 ans. Ce docteur en pharmacie, qui souligne que «dans les années 60, la règle de base en matière de recherche était de trouver une molécule aboutissant à une diminution de prise alimentaire sans avoir d’effet stimulants centraux», a néanmoins confirmé que le Mediator était un «puissant anorexigène», comme il l’avait écrit des 1970. Terme qui n’est malheureusement jamais apparu dans le dossier de demande d’autorisation de mise sur le marché du produit. Fin 1969, s’il est bien écrit que le Mediator produisait une «diminution très importante de la prise de nourriture», le mot «anorexie», qui figurait quelques mois plus tôt, a disparu. «Ç’a été fait dans le but d’avoir l’autorisation de mise sur le marché»», reconnaît le professeur Charpentier. «Notre but était de montrer que le caractère anorexigène principal de cette molécule avait également un mécanisme d’action faible sur les lipides et les glucides. C’est ensuite qu’il y a eu une déviation quand ils ont fait de cette action secondaire l’action principale pour qualifier cette molécule d’antidiabétique.» Aujourd’hui, Jacques Duhault admet lui aussi que le médicament aurait dû être retiré de la vente en 1999.

«C’est terrifiant d’apprendre ça et de le lire de la bouche des inventeurs ou en tout cas des premiers chercheurs du Mediator, a réagi sur Europe 1 le docteur Irène Frachon, la première à avoir donné l’alerte sur le médicament. Car on imagine une stratégie qui a été élaborée il y a des dizaines d’années.» «La deuxième question très importante posée par ces témoignages est la suivante: ces stratégies commerciales diaboliques de tromperie, concernent-elles exclusivement le Mediator ou d’autres produits des laboratoires Servier ?», poursuit-elle. «Je ne serai pas étonnée non plus qu’on ait un certain nombre de surprises et de révélations dans d’autres domaines que celui des coupe-faim.» Ces nouveaux témoignages corroborent en tout cas l’hypothèse d’une «tromperie» et d’une «tromperie aggravée», infractions sur lesquelles porte l’enquête. L’avenir du laboratoire est en jeu. Car son assureur, Axa, a déjà prévenu qu’il ne remboursait rien s’il était avéré que le Mediator était bien un coupe-faim. Outre l’interdiction d’exercer qui menace Servier, le laboratoire pourrait donc devoir indemniser seul les victimes de son médicament -ceci en sachant que près de cinq millions de personnes ont consommé du Mediator en France, pour un nombre de morts estimé entre 500 et 2000…

De son côté, le laboratoire maintient sa ligne de défense en plaidant la bonne foi. «Les laboratoires Servier n’ont pas trompé les autorités en masquant le fait que le Mediator est un coupe-faim, ce qu’il n’était pas», a martelé Me Hervé Témime, avocat de la société. «Servier n’est absolument pas dans le déni. Servier ne conteste pas les travaux qui ont été fait dans les années 1960 et la fin des années 1960 sur cette molécule. Servier considère simplement qu’il n’y a pas eu de tromperie, il n’y a pas eu d’escroquerie, il n’y a pas eu d’obtention indue d’autorisation de mise sur le marché. C’est tout».Point final

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Publié par le 6 septembre 2011 dans Santé, Sécurité

 

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Mediator : Irène Frachon est "soulagée"

 

Source : France Soir

Irène Frachon, le médecin par qui le scandale du Mediator a éclaté, a commenté le lancement du fonds d’indemnisation des victimes ce jeudi sur Europe 1. « Grand soulagement », « garantie » pour les victimes… Le docteur n’a pas hésité aussi à tacler les Laboratoires Servier.

Le docteur Irène Frachon avait écrit "Mediator 150MG : Combien de morts ?"

Le docteur Irène Frachon avait écrit "Mediator 150MG : Combien de morts ?" SIPA

 

Le Fonds public d’indemnisation des victimes du Mediator est lancé depuis ce jeudi. Les procédures devraient prendre entre un an et un an et demi. Mais déjà plusieurs centaines de dossiers sont prêts à être déposés. Pour Irène Frachon, l’auteur du livre Mediator 150MG : Combien de morts ?, (titre original avant sa censure survenue dix jours après sa sortie), c’est « un grand soulagement ».

« Parce que je pense aux victimes qui vivent traumatisées depuis ce scandale et qui ont en face d’elle un  »guichet unique ». Elles vont avoir la certitude que leur dossier sera examiné par un collège d’experts compétents de façon gratuite », a ainsi affirmé le docteur alors qu’elle était l‘invitée d’Europe 1 ce jeudi matin.

 

"Un véritable traumatisme psychologique"

À la question de savoir combien il existe de victimes du Mediator, Irène Frachon ne peut répondre. Mais elle estime que le fonds d’indemnisation, auquel elle a été « constamment associée à la réflexion », aura aussi pour mission de les recenser. Le Mediator, un antidiabétique, a été consommé par 5 millions de personnes. Retiré du marché en 2009, il serait responsable de 500 à 2.000 décès. « Il y a certainement quelques centaines de victimes graves, qui souffrent de valvulopathie dramatique, et probablement des milliers de victimes  »plus légères », avec des valvulopathies, qui sont de minimes à modérées, mais avec des conséquences pas toujours négligeables et un véritable traumatisme psychologique », a poursuivi Irène Frachon.

 

 »La volonté perpétuelle de Servier de se défiler »

Il y a quelques jours, il était question que les laboratoires Servier se retournent juridiquement contre les médecins prescripteurs de Mediator hors-Autorisation de Mise sur le Marché (AMM). Bien que l’information ait été démentie par le groupe pharmaceutique, Irène Frachon interrogée sur le sujet n’a pas hésité à lâcher : « Ça illustre la volonté perpétuelle des Laboratoires Servier de se défiler face à ses responsabilités ». Grâce au fonds, « l’État va prendre ses responsabilités en entamant des démarches contre le laboratoire Servier » qui n’ont pas à être faites par les victimes, selon le docteur.

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Publié par le 1 septembre 2011 dans Santé, Sécurité

 

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Mediator : Servier aurait-il escroqué la Sécu ?

 

Source : France Soir

 

Le paquet de Paris a fait savoir ce vendredi qu’il élargissait son enquête sur le scandale sanitaire du Mediator à des faits d’escroquerie après la plainte de la Sécurité sociale qui a chiffré à 1,2 milliard d’euros le préjudice lié aux remboursements du médicament du laboratoire Servier.

La Sécurité sociale estime son préjudice à plus d'un milliard d'euros

La Sécurité sociale estime son préjudice à plus d’un milliard d’euros SIPA

Cette décision – annoncée vendredi par Le Figaro et confirmée de source judiciaire – étend le champ des investigations menées par les trois juges parisiens qui instruisent déjà deux informations judiciaires pour « tromperie aggravée » et « homicides et blessures involontaires ». Le parquet a pris un réquisitoire supplétif qui vise l’escroquerie au préjudice des caisses de sécurité sociale et de toutes les mutuelles.

 

"Escroquerie et tromperie aggravée"

L’Assurance maladie et la Mutualité française, qui regroupe la quasi totalité des quelque 700 mutuelles, avaient déposé plainte en février contre le laboratoire Servier pour « escroquerie et tromperie aggravée ». Mais le parquet n’avait alors pas retenu cette première qualification.

Aujourd’hui, « du fait de l’évolution du dossier, le parquet a considéré que les conditions de la mise sur le marché du Mediator étaient constitutives d’escroquerie au préjudice des caisses », a-t-on indiqué vendredi. « L’escroquerie consiste à avoir maintenu le Mediator sur le marché alors qu’il était un anorexigène », a-t-on ajouté.

L’avocat de Servier, Me Hervé Témime, n’a pas souhaité réagir. Son confrère défendant la Mutualité française, Patrick Maisonneuve, s’est dit « tout à fait satisfait », ce « qui permettra de poursuivre Servier sous une qualification beaucoup plus rigoureuse et d’éviter les problèmes de prescription ».

 

Entre 500 et 2.000 décès

Commercialisé en France par Servier de 1976 à novembre 2009, le Mediator a été utilisé par cinq millions de personnes et retiré du marché en raison de risques cardiaques encourus par des patients. Cet antidiabétique, largement prescrit comme coupe-faim, a causé 500 à 2.000 décès, selon plusieurs études.

Fin décembre, le directeur général de la CNAM Frédéric Van Roekeghem avait prévenu que la Sécurité sociale « ferait valoir ses droits » dans les procédures qui seraient intentées par des victimes du Mediator contre Servier.
Confronté à ce scandale de santé publique, le ministre de la Santé Xavier Bertrand avait assuré que toutes les victimes bénéficieraient d’une « prise en charge intégrale par l’Assurance maladie ».

 

Quelque 1.500 plaintes

Dans une note révélée en mai par Le Figaro et que s’était procurée l’AFP, la Sécu chiffrait à au moins 1,2 milliard d’euros le coût du Mediator en plus de 30 ans de commercialisation. Dans le détail, le remboursement aux patients des boites de médicaments avait représenté en 33 ans quelque 880 millions d’euros, tandis que la prise en charge des complications cardiovasculaires avait coûté 315 millions.

Les mutuelles avaient estimé le coût du Mediator à environ 300 millions d’euros. Quelque 1.500 plaintes centralisées par le pôle santé publique du parquet de Paris ont été regroupées dans le cadre de l’enquête des trois juges d’instruction qui pourrait durer plusieurs années.

 

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Publié par le 6 août 2011 dans Santé, Sécurité

 

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